20/09/2016

PETITE HISTOIRE ENTRE AMIS...

Mon voisin me dit qu’il est assailli d’informations et qu’il ne sait plus où donner de la tête. Il a l’air dépité et fait de la peine à voir, pourtant il ne quitte pas d’un œil son «20 minutes ».

 - J’ingurgite, j’avale tout rond, sans faire l’effort d’un tri, ensuite je suis constipé et je fais un effort surnaturel pour retrouver un peu d’équilibre et d’aplomb.

Mon médecin dit que c’est toute la machine qui est grippée, que cela ne sert à rien de la rafistoler. Un jour où l’autre, la panne sera si sévère, que vous tomberez en rade.  Alors, je vous conseille de profiter de la vie, faites de la marche, de l'exercice, des amis, prenez le temps d'une respiration.  Un peu de plaisir que diable!.

Il est bien gentil le médecin, prendre du plaisir, se faire des amis ! Prendre du plaisir, moi qui aie travaillé toute une vie en usine pour un salaire de misère. Se faire des amis, il croit que c’est facile. J’avais envie de lui dire, que les amis ne se trouvent pas dans un rayon du supermarché. Un ami, ça ne s’achète ni se vend dans les grands magasins. Mais, je me suis retenu pour ne pas créer un précédent. C’est mon médecin, il mérite un peu de respect et de considération, je l’ai choisi.

 Jeune, j’avais bien de l’espoir, je croyais en la révolution, en le progrès, depuis j’en suis revenu. J’ai même milité au parti socialiste avant que celui-ci soit pris en main par les technocrates et vidé de sa substance ouvrière. De temps en temps, je vote sans trop y croire. Y a bien la Sandrine «  Salerno », elle sort du lot. Elle a des couilles comme on dit de par chez nous, mais elle ne fait pas à elle seule un parti. Il faudrait qu’ils reviennent aux fondamentaux pour que je reprenne du service.

 J’ai de la peine à rassembler toutes mes idées et toutes ces informations, elles me jouent des tours, me font des distorsions dans la tête, j’ai l’impression d’être passé sous un tram, d’être un passager clandestin.

Il paraît que demain, ils vont nous raboter les rentes, le paquet Berset nous berce sans illusion. On va en chier pour joindre les deux bouts.

Et puis, il y a les cadeaux fiscaux aux entreprises. je n'ai pas encore compris la nécessité de faire des cadeaux à des entités qui n'en veulent pas. ils ne veulent pas que l'administration fiscale fourre son nez dans leur comptabilité,   c'est déjà assez difficile de faire des plans de montage pour échapper à l'impôt.                                                 

Allez, un cadeau, vous n’êtes déjà plus que 40% à payer des impôts sur le bénéfice. Avec le RIE III, On vous fait un rabais global, un de plus, mais vous rester chez nous : 13 % a dit le Géant-vert, le père David Hiler, avant de quitter le navire et laisser aux autres le soin de négocier la transaction, les mauvaises langues et les érudits disent en catimini que ça serait de l’ordre de 11%. Personne me parle de planché limite à ne pas descendre en dessous. Bonjour! le marché de dupes, nous allons perdre en indépendance et en autonomie, nous serons dorénavant assujettis au bon vouloir des multinationales, des entreprises et des banques. Il faudra aller prêcher à la bâtisse, Fondation Hans Windsor et cie pour la moindre rénovation, le moindre grand projet de la ville. Allez ne soyons pas dans le déni, la mesquinerie et l’égoïsme, livrons-nous pieds et poings liés à nos bons sabreurs. Remettons donc l’église papale au milieu du village pour la souveraineté du petit nombre.

Une respiration et il repart comme une vieille limousine en toussant: Il paraît que bientôt ! On va s’espionner parmi comme au temps de la Stasi et des Fiches.

Il faut vous dire Monsieur ! Que ça ne change pas, il y a toujours un féru de la guerre froide, qui revient de l’ombre nous faire son coup d’éclat sur le terrorisme, la sécurité et la nation. Il y a toujours un nouveau sauveur pour nous priver de nos libertés, avec notre bon et loyal consentement. J’ai beau me dire, que j’ai réussi mon coup sans férir, je peine à trouver un sens à la vie.

Il cherche un peu d'air avec peine pour retrouver ses esprits. Il est comme ces poissons hors de l’eau qui cherchent un second souffle en ouvrant démesurément la bouche.

- Je suis devenu un tube digestif,  mon Cher monsieur !

J’essaye de le rassurer en vain. Mais il reprit de plus belle.

- L’autre jour, ma femme m’a dit que je ressemblais de plus en plus à notre chien, Castor, vieux, rabougri, sans élan. C’est vrai que je m’affale sur le sofa devant la boite à image et je somnole en attendant la gamelle, mais quand-même me comparer à Castor. Elle dit que si ça continue, je vais faire mes besoins sur les tapis. Ça m’a fait froid au dos !

Et pour ne pas lui donner raison, depuis, je sors promener le chien et j’aborde les gens, un peu comme le petit prince de St Exupéry pour me faire des amis.

- Voulez-vous devenir mon ami ?

- Nous sommes déjà des voisins de palier, delà à devenir des amis, il faut voir, laisser le temps au temps.

- J’ai bien raison, c’est difficile en ces temps de frimas de se faire des amis fit-il avant de tirer sa révérence.

Je le revois encore s’en aller, en tenant fermement la laisse de Castor, le dos vouté vers la place des augustins.

Trois jours après, à la page des chiens écrasés, un nom retient mon attention … Mon voisin avait cassé sa pipe.

20/06/2016

MON AMI AL...

*  pour soigner, il faut être dans l'empathie au quotidien...

 

Debout, assis, debout, fout le camp,

Laisse moi, tu m’embêtes, arrêtes !

Je prends tout mon monde en otage

Toc-toc, j’ai la mémoire qui flanche,

Ya-t-il quelqu’un dans cette caboche ?

Je traine un soignant dans mon sillage,

Au virage, je bifurque au premier étage,

C’est du solide dans ma tête, pas si bête.

 

Je fais un fricfrac, un vrai braquage,

Dans ma cervelle, tout n’est pas fade,

Faut bien des trous dans la pâte dure,

Pour une fois, laisse moi partir chéri…

On me tient la main, ô que c’est doux!

La paix revient, je me sens bien mieux.

Je te connais, mais j’ai oublié ton nom,

Mon mari, oh non! Tu es fou, va-t’en.

 

Après, je suis épuisée et je perds le nord,

Je me cherche dans le miroir du regard,

Je vois bien que celui-ci me fait du tort…

Je veux fermer mes yeux, mes paupières,

Dormir, avoir la paix, éteindre la lumière.

Alzheimer me fait du tort, tout est mort

Hé zut ! Je n’ai plus la force de me battre

Je dépose les armes, je t’offre mon corps.

 

Au pied de mon lit, fatiguée, je me couche,

Je vois dans la glace le trait qui me hante,

Ce visage me ressemble comme une goutte,

Viens là ! Pose ta tête, fais un petit somme.

Puis, je retrouve le calme, un état de grâce,

Où tout est possible, si je fais main basse

Sur ce qui me dérange, ce vis d’étrangeté,

Ce peu de matière qui fait ma singularité.

 

Allez, il faut que je ferme les yeux, chaton 

Demain, je me lève tôt, tu auras des crêpes.

L’instant après, je ronfle, bonjour Lexomil !

Le soignant fait sa ronde, sourit et ressort

La maison dort, il fait un silence de mort.

Je crois que dans ma tête, il fait de même,

Un rien… Et ma lucidité s’échappe en masse

Du tronc en me laissant démunie, toute vide.

 

Je vais, je viens, le monde est à mes pieds,

Maya rouspète, je m’enfouis, allez ouste!

Une nouvelle stagiaire reprend la relève,

Je me redresse du fauteuil à la verticale,

Pour dire à la gamine, qu’elle est vilaine.

Elle est vexée et je fais le tour des tables.

Je prends ce qui me tombe sous la main,

Les yoghourts et la crème de mon voisin.

 

Tout le monde est sur les nerfs, bien fait!

Je reprends ma marche les yeux hagards,

Le ventre vide crie famine, holà la peste !

Dit le père fouettard qui somnole au bar.

La fille vient à la rescousse, j’ai la frousse,

Je me réfugie dans les bras de l’immigré

Il a l’air gentil, pas bégueule ni trop snob.

Je suis ravie qu’il me guide jusqu’à l’accueil.

 

Je me saisie des fleurs au passage, sacrilège,

Le commis accoure, je balance à bon plaire,

Le couloir est en guerre et moi aux anges.

Il faut faire quelque chose dit l’infirmière,

Le médecin est en «confession» à belle idée.

En prison, je finirai sur un banc au mitard,

Ici, c’est tout un Binz, la mise au placard…

La belle affaire, toute une galère pour ça.

 

Je reprends mon chemin dans la brousse,

Il ne faut pas, que je me prenne une veste.

Je m’accroche au tronc qui se tient sage

Devant moi, diable ! C’est une grande tige.

Elle me rabroue un zeste dans sa langue,

Son peu de vocabulaire est d’un vulgaire,

Je fais la sourde oreille devant la feuille,

Avant de lui asséner mes quatre vérités.

 

Dois-je choisir entre la peste et le cholera,

Ou la vermine qui me tient pour la folle,

Que je ne suis pas, ça va de soi peuchère!…

Pour rien, on me fit une saugrenue guerre,

Un vaste imbroglio de brouillamini nature,

Qui me cloue comme cet autre au crucifix,

Ce n’est pas si rose de vivre son Alzheimer,

Au fils des jours dans ce monde sans amour.

 

07/06/2016

MOURIR A LA MAISON, POURQUOI PAS!

Parfois crainte, de temps en temps espérée, jamais sollicitée sans une raison valable indépendamment de nous et souvent liée à une maladie incurable ou à la vieillesse.

La mort ce train que l’on espère rarement prendre, mais que l’on attend parfois avec des prières dans une chambre transformée en quai de gare, en une aire de fortune, le corps en souffrance, en douleur, tenant par miracle, l’esprit tantôt apaisé, tantôt révolté.

Elle se sollicite en secret, loin des murmures de la vie, loin du flux et des reflux qui nous donnent souvent qu’un supplément d’espoir, quelques mois, quelques jours de plus.

Un espoir limité, hors temps, léger comme un souffle arraché à l’halo venant éclairer de sa lumière cette enveloppe qui sera bientôt et enfin rendue à la terre.

On l’espère légère par moment de lucidité, quand on ne peut plus rien pour soi même et pour les autres, après un travail de longue haleine.

Et quand elle arrive en lieu et à la place de celui que l’on aime par dessus tout, on est content que cela se passe sans tristesse, sans terreur parmi et entouré des siens.

Dans cet instant hors du commun, elle nous rapproche de ceux que l’on a tant et tant aimés avec plaisir et dévotion.

Mourir quelle belle affaire, mais vieillir !... disait Jacques Brel pour conjurer la vieillesse.

Vieillir en bonne santé, dans son logement, parmi les siens, entouré de ses objets, de ses amis, son animal, ce compagnon de route, quand l’autre cet ami de toujours, soleil de votre jeunesse a laissé un grand vide en désertant la place sans crier gare.

Vieillir et mourir hors champs, loin des caméras invisibles, ces yeux habilités à regarder les autres mourir dans la compassion, entre deux sonnettes d’alerte, dans cet Home, que l’on n’a pas souvent choisi et qui se présente comme l’ultime recours factice de son domicile.

Vieillir et mourir dans ses draps, dans son lit, dans sa maison ou son appartement, avec le bruit du voisinage qui nous remet en mémoire les souvenirs enfouis du passé et du présent, qui nous rappelle que la vie est un bien précieux, qui ne dure qu’un temps.

Mourir chez soi quel bonheur, quand cela est possible, quand tout est réuni pour que cela se passe bien.

Mais pour que cela se passe bien, il faut une structure, du personnel formé, des proches, un réseau, une volonté commune pour que cela aille dans la même direction, le même but, permettre aux malades de finir les derniers jours de leur existence chez eux.

Bien sur ça demande de l’argent, des finances, mais sans être comptable de tout, n’est-ce pas plus louable de mourir chez soi entouré de ses proches, qu’ailleurs en terre étrangère, loin des siens.

Je ne suis même pas sûre qu’au niveau comptable, cela coûte plus cher que dans un Home ou une maison de retraite.    

Pourtant, ailleurs, de par le monde, cela se fait, bien des gens malades retournent chez eux, mourir dans leurs habits du dimanche, avec tout autour la famille, les proches et les amis sans avoir plus d’argent ou de bien, que nous avons dans notre société.

Quant à ceux qui doivent partir, mourir, ils partent en paix en ayant vécu cet instant, ce trait d’union entre les vivant et les mourants sereinement. Et lorsqu'ils ferment les yeux, ces grands battants pour cet ultime voyage qui nous attend tous indépendamment de nos cultures et nos croyances, c'est avec une sérénité palpable et le coeur léger.

Il n’y a pas besoin de déprécier ou de vanter la mort à l’hôpital ou en Home, il s’agit de pouvoir choisir, de ne pas renoncer à mourir dignement chez soi, si cela est possible.

Et si je devais comme un chacun à l’instant du départ choisir le lieu de cette finalité, je choisirai sans aucune hésitation mon chez moi, auprès des miens, parmi mes objets, mes souvenirs, le fruit de ma singularité.