10/11/2017

Le regard d'un ancien soignant sur l'externalisation des services en EMS...

Je sors de la lecture du livre de mon ancien avocat français Maître Henri Leclerc « la parole et l’action » pour répondre à Mr. jean–marc Guinchard député PDC et secrétaire de l’Agems au sujet de mes propos sur Facebook sur l’externalisation du service hôtelier en Ems suit à un article dans Le Courrier.  Je respecte tout avis lorsqu’il est fondé et qu’il n’exclut pas l’autre de la parole. Donc, je respecte l’avis et la position de Mr Guinchard et je ne vais pas m’étendre sur notre échange. 

Je profite de ce moment de calme pour me poser la question sur l’exercice comptable d’une externalisation er des pertes et profits que cela engendrerait à titre et du point de vu d’un ancien soignant.

Je comprends la nécessité pour une entreprise de faire un minimum de profit tant dans l’élément structurel que comptable. Il va de soi qu’une société veut faire du profit et asseoir son prestige et sa réputation, comme il va de soi qu’en cuisine pour purger sa farine, il vaut mieux un tamis qu’une passoire. Alors, lorsqu’on parle d’externalisation, il faut mieux tout mettre sur le tapis, les pertes et profits, mais aussi l’engeance humaine, cet élément qui échappe souvent au concepteur des plans Marchal des entreprises, il faut voir les répercussions sur le public, sur le personnel, les individus , l’image.

Mais en Ems, il n’y a pas de produit propre dit, on ne peut pas traiter l’humain comme un produit, une marchandise, l’humain c’est l’humain avec cet ensemble d’éléments qui fait que nous sortons de la sphère des produits interchangeables, jetables à souhait selon nos besoins, nos goûts et préférences. Ce n’est pas un kleenex jetable après usage.

En Ems les besoins d’un résidant, c’est d’être entouré, protégé, aimé, soigné et respecté dans son intégrité dans la calme et la tranquillité jusqu’à la fin de ses jours. Il n’a pas besoin d’agitation tout autour, il veut simplement être encore reconnu en tant personne, un individu avec un passé, une histoire. Il ne veut pas être un exclu du système, un poids mort pour la société, une épave qu’il faut extirper des regards. En Ems, on parle de prestations dues au résidant et en contrepartie, il paie pour cela et quand il ne peut pas tout payer, la famille ou l’Etat son garant fournit le reste.  Et donc, nous tous, genevois de souche ou étrangers, nous sommes les garants de son bien-être, de son confort, de sa destinée sur le dernier chemin d’une vie, jusqu’au dernier jour, au dernier souffle qui émane de cette personne… elles servent à cela les subventions de l’état et pas à autre chose.

Je vais par courtoisie mettre en veilleuse la ritournelle des soins et me contenter que de l’aspect hôtellerie. Le service hôtelier en Ems couvre un champ aussi vaste que les soins, il commence au pied du lit et fini à la salle à manger en passant par la lingerie, le ménage, la cuisine. Il est le premier figurant d’une vaste machinerie. Lorsqu’une personne s’informe, s’inquiète, veut quelques choses, il s’adresse en premier aux femmes de ménage, aux aides de salle, aux aides de cuisine, aux filles de lingerie avant de soumettre ses inquiétudes aux soignants. Les familles lorsqu’elles viennent en visite, le premier accueil qu’elles reçoivent provient des personnes de salle. Ce service est le garant de l’image d’une institution, il est le portfolio d’une entreprise. Tout ce petit monde est en interaction, les soins comme l’hôtellerie sont complémentaires, les uns fournissent les éléments manquants aux autres et cette chaîne n’existe que par un fragile lien qui les lie dans un seul but , qui sous-entend un consensus commun, une humanité vouée au bien être de l’autre, ce résidant dont on est à la fois tributaire, mais aussi un proche au quotidien.

J’imagine le bien-fondé d’une entreprise que veut faire du bénéfice, « pardon on dit économie » dans le jargon des entrepreneurs. Mais un Ems n’est pas une entreprise comme les autres, c’est une institution, un lieu de vie, elle ne produit pas de marchandise, elle fournit une prestation pour laquelle, elle est payée et souvent c’est avec nos impôts que l’on paie cette prestation due à nos ainés.  

Lorsqu’on externalise un service viable, on ampute un corps et même si on le remplace par autre chose, il ne sera qu’un greffon, un corps étranger même s’il satisfait au besoin du moment sans combler les désirs de nos aînés.

Imaginez un instant ce que serait les soins sans les bras, sans les petits mains invisibles des aides soignants, une chaise roulante sans roue et sans aidant, une maison sans fenêtre, un député sans voix, un conseiller d’état sans son staff de secrétaires, conseillers, un parti politique sans adhérents, un journal sans abonnés, un pays sans sa population, une société sans actifs.

Mais revenons donc à nos brebis !  L’externalisation, c’est  sans doute fantastique sur le moment, le patron est content, il fait du chiffre. Il peut même créer une société parallèle, offshore pour arrondir ses revenus et s’offrir son Paradise en terre inconnu, loin du petit pays d’en bas, qui lui fournit pourtant sa richesse.

Le personnel lui de son côté peut soi se satisfaire du salaire en baisse, de mauvaises conditions de travail, d’une convention collective de travail qui ne le protège de rien, du chômage et pour certains de l’aide sociale et de la précarité,parce que nous savons tous que dans une externalisation rien n’est garanti ni poste ni emploi et que tout dépend des intérêts du repreneur.

Mais le grand perdant dans l’histoire, ce n’est certes pas le patron, l’entreprise externe, la commission administrative, mais bien le résidant. Lui, personne lui a demandé son avis, personne n’a sollicité entendre ses souhaits, lui comme dirait Jacques Brel : c’est la toute vieille qui n’en finit pas de vibrer et qu’on attend qu’elle crève puisque c’est elle qu’à l’oseille et que l’on écoute même pas ce que ses pauvres mains racontent ». J’aimerai parfois que les décideurs en ems n’oublient pas envers qui va leur engagement.