20/06/2016

MON AMI AL...

*  pour soigner, il faut être dans l'empathie au quotidien...

 

Debout, assis, debout, fout le camp,

Laisse moi, tu m’embêtes, arrêtes !

Je prends tout mon monde en otage

Toc-toc, j’ai la mémoire qui flanche,

Ya-t-il quelqu’un dans cette caboche ?

Je traine un soignant dans mon sillage,

Au virage, je bifurque au premier étage,

C’est du solide dans ma tête, pas si bête.

 

Je fais un fricfrac, un vrai braquage,

Dans ma cervelle, tout n’est pas fade,

Faut bien des trous dans la pâte dure,

Pour une fois, laisse moi partir chéri…

On me tient la main, ô que c’est doux!

La paix revient, je me sens bien mieux.

Je te connais, mais j’ai oublié ton nom,

Mon mari, oh non! Tu es fou, va-t’en.

 

Après, je suis épuisée et je perds le nord,

Je me cherche dans le miroir du regard,

Je vois bien que celui-ci me fait du tort…

Je veux fermer mes yeux, mes paupières,

Dormir, avoir la paix, éteindre la lumière.

Alzheimer me fait du tort, tout est mort

Hé zut ! Je n’ai plus la force de me battre

Je dépose les armes, je t’offre mon corps.

 

Au pied de mon lit, fatiguée, je me couche,

Je vois dans la glace le trait qui me hante,

Ce visage me ressemble comme une goutte,

Viens là ! Pose ta tête, fais un petit somme.

Puis, je retrouve le calme, un état de grâce,

Où tout est possible, si je fais main basse

Sur ce qui me dérange, ce vis d’étrangeté,

Ce peu de matière qui fait ma singularité.

 

Allez, il faut que je ferme les yeux, chaton 

Demain, je me lève tôt, tu auras des crêpes.

L’instant après, je ronfle, bonjour Lexomil !

Le soignant fait sa ronde, sourit et ressort

La maison dort, il fait un silence de mort.

Je crois que dans ma tête, il fait de même,

Un rien… Et ma lucidité s’échappe en masse

Du tronc en me laissant démunie, toute vide.

 

Je vais, je viens, le monde est à mes pieds,

Maya rouspète, je m’enfouis, allez ouste!

Une nouvelle stagiaire reprend la relève,

Je me redresse du fauteuil à la verticale,

Pour dire à la gamine, qu’elle est vilaine.

Elle est vexée et je fais le tour des tables.

Je prends ce qui me tombe sous la main,

Les yoghourts et la crème de mon voisin.

 

Tout le monde est sur les nerfs, bien fait!

Je reprends ma marche les yeux hagards,

Le ventre vide crie famine, holà la peste !

Dit le père fouettard qui somnole au bar.

La fille vient à la rescousse, j’ai la frousse,

Je me réfugie dans les bras de l’immigré

Il a l’air gentil, pas bégueule ni trop snob.

Je suis ravie qu’il me guide jusqu’à l’accueil.

 

Je me saisie des fleurs au passage, sacrilège,

Le commis accoure, je balance à bon plaire,

Le couloir est en guerre et moi aux anges.

Il faut faire quelque chose dit l’infirmière,

Le médecin est en «confession» à belle idée.

En prison, je finirai sur un banc au mitard,

Ici, c’est tout un Binz, la mise au placard…

La belle affaire, toute une galère pour ça.

 

Je reprends mon chemin dans la brousse,

Il ne faut pas, que je me prenne une veste.

Je m’accroche au tronc qui se tient sage

Devant moi, diable ! C’est une grande tige.

Elle me rabroue un zeste dans sa langue,

Son peu de vocabulaire est d’un vulgaire,

Je fais la sourde oreille devant la feuille,

Avant de lui asséner mes quatre vérités.

 

Dois-je choisir entre la peste et le cholera,

Ou la vermine qui me tient pour la folle,

Que je ne suis pas, ça va de soi peuchère!…

Pour rien, on me fit une saugrenue guerre,

Un vaste imbroglio de brouillamini nature,

Qui me cloue comme cet autre au crucifix,

Ce n’est pas si rose de vivre son Alzheimer,

Au fils des jours dans ce monde sans amour.

 

16/06/2016

HYMNE A L'AMOUR...

 

Quand l’amour fout le camp, la haine se substitue,

Elle survient charger de rancune se mettre à la lune.

Elle va jusqu’à se travestir pour se mettre à la page

De la faucheuse et ravir de dernières âmes à sa place.

Elle surgit de nos ténèbres comme un chardon épineux

Rase les murs, la façade, tout est noir dans son sillage,

Et quand elle nous sourit, ce n’est que pour mieux tuer.

 

Elle vient et elle se répand, offrant au vide son carcan,

Au poteau comme au charnier, elle se fait plus discrète,

On oublie sa présence, son essence, fruit de l’inavouable,

Haine de l’autre, haine du monde, de tout étrange excès.

Au pied de biche comme au cul des vaches, elle s’attache

A rendre l’atmosphère explosive en de fortes avalanches

Ruinant au passage les innombrables pousses en germes.

 

Elle n’a ni pitié ni tristesse et pas l’ombre d’un remord,

Au pied de la falaise ou elle pousse son monde en enfer,

Elle joue de son charme comme on joue d’un instrument,

Où la symphonie du destin mue en une oraison funèbre.

On se perdrait à la suivre dans son cortège si macabre,

Si au demeurant, nous tombions sous ses vilaines mains,

Toute joie que nous portons en nous, se verrait se faner.

 

De Damas à Paris et de Bruxelles à Orlando en Floride

Les orchidées que nous semons pâliraient d’une onde,

En laissant aux haschischins les beautés de ce monde.

Rien ne leur ferait plus plaisir, que de nous voir faillir,

Succomber à leur martyr en faisant fleurir la haine.

Merci à la vaillante, téméraire veilleuse qui nous inonde,

De l’esprit des lumières pour que jamais, on ne succombe.

 

 

 

07/06/2016

MOURIR A LA MAISON, POURQUOI PAS!

Parfois crainte, de temps en temps espérée, jamais sollicitée sans une raison valable indépendamment de nous et souvent liée à une maladie incurable ou à la vieillesse.

La mort ce train que l’on espère rarement prendre, mais que l’on attend parfois avec des prières dans une chambre transformée en quai de gare, en une aire de fortune, le corps en souffrance, en douleur, tenant par miracle, l’esprit tantôt apaisé, tantôt révolté.

Elle se sollicite en secret, loin des murmures de la vie, loin du flux et des reflux qui nous donnent souvent qu’un supplément d’espoir, quelques mois, quelques jours de plus.

Un espoir limité, hors temps, léger comme un souffle arraché à l’halo venant éclairer de sa lumière cette enveloppe qui sera bientôt et enfin rendue à la terre.

On l’espère légère par moment de lucidité, quand on ne peut plus rien pour soi même et pour les autres, après un travail de longue haleine.

Et quand elle arrive en lieu et à la place de celui que l’on aime par dessus tout, on est content que cela se passe sans tristesse, sans terreur parmi et entouré des siens.

Dans cet instant hors du commun, elle nous rapproche de ceux que l’on a tant et tant aimés avec plaisir et dévotion.

Mourir quelle belle affaire, mais vieillir !... disait Jacques Brel pour conjurer la vieillesse.

Vieillir en bonne santé, dans son logement, parmi les siens, entouré de ses objets, de ses amis, son animal, ce compagnon de route, quand l’autre cet ami de toujours, soleil de votre jeunesse a laissé un grand vide en désertant la place sans crier gare.

Vieillir et mourir hors champs, loin des caméras invisibles, ces yeux habilités à regarder les autres mourir dans la compassion, entre deux sonnettes d’alerte, dans cet Home, que l’on n’a pas souvent choisi et qui se présente comme l’ultime recours factice de son domicile.

Vieillir et mourir dans ses draps, dans son lit, dans sa maison ou son appartement, avec le bruit du voisinage qui nous remet en mémoire les souvenirs enfouis du passé et du présent, qui nous rappelle que la vie est un bien précieux, qui ne dure qu’un temps.

Mourir chez soi quel bonheur, quand cela est possible, quand tout est réuni pour que cela se passe bien.

Mais pour que cela se passe bien, il faut une structure, du personnel formé, des proches, un réseau, une volonté commune pour que cela aille dans la même direction, le même but, permettre aux malades de finir les derniers jours de leur existence chez eux.

Bien sur ça demande de l’argent, des finances, mais sans être comptable de tout, n’est-ce pas plus louable de mourir chez soi entouré de ses proches, qu’ailleurs en terre étrangère, loin des siens.

Je ne suis même pas sûre qu’au niveau comptable, cela coûte plus cher que dans un Home ou une maison de retraite.    

Pourtant, ailleurs, de par le monde, cela se fait, bien des gens malades retournent chez eux, mourir dans leurs habits du dimanche, avec tout autour la famille, les proches et les amis sans avoir plus d’argent ou de bien, que nous avons dans notre société.

Quant à ceux qui doivent partir, mourir, ils partent en paix en ayant vécu cet instant, ce trait d’union entre les vivant et les mourants sereinement. Et lorsqu'ils ferment les yeux, ces grands battants pour cet ultime voyage qui nous attend tous indépendamment de nos cultures et nos croyances, c'est avec une sérénité palpable et le coeur léger.

Il n’y a pas besoin de déprécier ou de vanter la mort à l’hôpital ou en Home, il s’agit de pouvoir choisir, de ne pas renoncer à mourir dignement chez soi, si cela est possible.

Et si je devais comme un chacun à l’instant du départ choisir le lieu de cette finalité, je choisirai sans aucune hésitation mon chez moi, auprès des miens, parmi mes objets, mes souvenirs, le fruit de ma singularité.